• - Survivre

    Écrire, avec mon corps, mon cœur et mon âme. Chercher dans tout ce blanc immaculé de l'écran, le dépassement. Me dépasser, franchir quelque frontière que ce soit, trouver de nouvelles façons de penser, de voir, de ressentir la vie qui oeuvre en moi.

    Je sais qu'il y a une façon noire de regarder le monde, mon regard s'est nourri de ténèbres durant tant d'années que mes yeux étaient noirs. Ils étaient de la même nature que la souffrance de la terre. 

    Je me suis traîné la carcasse comme si j'étais un zombie, ni complètement décédé, ni complètement vivant. Rien que mon souffle et moi. Presque aucune pensée, encore moins de désir et d'envie, alors évidemment, de trouver un sens à ma vie était une chose inimaginable. La dépression est unipolaire, il me semble qu'il n'y a que l'attrait de la mort qui agit durant la dépression. Des mots comme destruction, affaissement, abandon, découragement, violence, colère, terreur et annihilation seraient perçus comme des verbes lumineux de la situation d'alors. Des mots comme vide, chaos, insensibilité,  déconnexion, indifférence et mort seraient plus proche de la réalité pour décrire cet état de léthargie dans lequel je me trouvais et dans lequel se retrouve pas mal de gens en fait. Les dépressifs surtout, les suicidaires ensuite. J'étais tétanisé, paralysé, figé dans un bourbier putride d'où émanait l'inutilité de vivre. Victime de la dépression, je sombrais dans l'au-delà. 

    Au-delà. Mystère et conte de fée. Sombrer dans l'au-delà a ceci de captivant: la "conscience" s'abreuve à même l'inconnu. Ce grand magma de connaissances abstraites (l'inconnu) se manifestait par l'attrait de la mort, à ce moment là du drame, mais le mécanisme de fréquenter l'inconnu se retrouve partout, dans la pratique de n'importe quelle activité artistique par exemple. Je dis artistique pour faire référence au dépassement de soi. Admettons que l'activité artistique en est une de dépassement. Je prends la page blanche de l'écrivain(e). Ou le vide de la toile du peintre. Ou le silence du musicien. L'artiste, (en fait, l'être à la recherche d'un sens, l'être qui veut organiser tout ce fatras de possible devant tant de blanc, l'être qui sonde tout ce blanc et ce silence, je crois qu'il se connecte inévitablement sur l'inconnu pour "recevoir" une vision, une envie, un signe d'inspiration qui lui permettra de tracer son premier mot, son premier coup de pinceau, la vibration de sa première note. En ce sens, l'inconnu est comme le marais de l'inconscient collectif, ce bourbier foisonnant de vie, d'idées, de connaissances. Ne pas m'égarer, haha) l'artiste donc, se connecte sur l'inconnu, sur "l'au-delà de sa conscience" et il utilise sa sensibilité pour percevoir toutes les variations de l'inspiration.

    Je pense que les êtres en dépression fréquentent le même bourbier que les êtres en mode créatif.  C'est le même "au-delà de..." je dirais. Les premiers s'y connecte contre leur volonté, presque en attirant la mort et les seconds tentent de s'y connecter pour transcender le vivant. Je fréquente volontairement ce bourbier de l'au-delà de ma conscience à la recherche d'inspiration pour donner un sens à ma vie. Je cherche. Plutôt que de me laisser broyer par la maladie j'oeuvre à survivre. Comme l'arbre accroché à la paroi de la falaise, dans un milieu hostile donc, j'oeuvre pour survivre. Et c'est ça le sens de ma vie. Survivre. Tout est là. 

    - Un tour de sous-marin

    Il y a une certaine forme de beauté à survivre. C'est inspirant de voir, dans la nature, des choses qui font le travail pour s'en sortir. En fait, selon moi, la survie c'est le vrai sens de la vie. Puiser autour de moi et en moi les forces nécessaire pour faire ma journée et ne pas me plaindre de ne pas être, comme pourrait le faire cet arbre, dans un champs fertile. Je pense que quelle que soit ma condition morale, intellectuelle, émotionnelle et physique, j'ai le droit et la responsabilité de faire de mon mieux, ni plus ni moins, pour survivre. Mais je me connais, je m'ambitionne. Je songe à tous ces êtres de par le monde qui sont contraints de vivre sous le seuil de la réalisation personnelle à cause des guerres, des politiques, des famines et des multiples limitations qui les oppriment. Je pense à eux et je me dis que j'ai la chance d'être dans un lieu du monde relativement libre de penser, de manger et de me vêtir adéquatement. Ça m'inspire parfois à me satisfaire d'avoir assez d'eau potable pour pisser dedans et d'avoir assez de nourriture pour jeter mes surplus dans la poubelle. D'avoir le droit et la liberté d'écrire ces mots-ci sans me faire fusiller par les membres occultes d'un gouvernement totalitaire. Je me dis que je me dois d'être à mon meilleur en leurs noms inconnus. 

    Oui oui oui, ça aide pas à gérer la dépression ni la pensée suicidaire. Je sais. Mais parfois, de sortir la tête de l'eau pour respirer un bon coup et de plonger au plus creux de la vague permet de prendre conscience du monde dans lequel on vit. Et la vie n'a pas de sens autre que celui qu'on lui donne, en tant qu'individu, autant qu'en tant que collectivité. Et en tant que collectivité ben je suis désolé, presque partout où je regarde c'est de la grosse merde. Alors pour survivre, pour donner un sens à ma vie, je me suis refermé sur moi et je puise à même les quelques ressources qui m'entourent les nutriments essentiels à ma survie et oui, je me sens comme cet arbre irréel, je me sens hors de mon milieu naturel, j'ai atterri quelque part et je fais du mieux que je peux pour ne pas me laisser faire. Vivre pour moi c'est survivre. Il n'y a qu'un pas à faire pour inverser la phrase, un pas que je ne ferai pas de suite.


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  • Commentaires

    1
    Nancy
    Dimanche 1er Septembre à 19:08
    Oufff...comme tu me touches.
    Les abîmes de la dépression...
    On fait de notre mieux pour survivre.
    Ta réflexion me pousse à me questionner sur la vie
    Merci
    Bonne journée
      • Dimanche 1er Septembre à 19:35

        Je suis content que ce texte te parle et qu'il provoque chez toi un désir de questionnement. Je souhaite que tu trouves ce que tu cherches. 

        Tout ce que j'écris n'est pas pour dire que j'ai raison et qu'il faut penser comme moi, je partage mes écrits pour inspirer justement les lecteurs et lectrices à se nommer eux mêmes, à trouver de façon originale leurs propres réponses à ces grandes questions qui nous troublent tous et toutes. 

        À bientôt et bonne journée toi aussi

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