• - Suis-je?

    Pourquoi suis-je comme je suis? Haha, je ne sais tellement pas, je suis comme je suis et je suis qui je suis sans savoir d'où ça vient. J'assume. J'ai une tendance à faire de l'introspection. Ça me torture à l'intérieur autant que l'anxiété. Est-ce que je fais de l'introspection parce que je suis anxieux ou suis-je anxieux parce que je fais de l'introspection? Y a-t-il un troisième facteur (bipolarité), ou plusieurs autres facteurs à considérer? (Choc post-traumatiques, commotions cérébrales, divorce, séparation et rejet, disparition d'une adolescente durant presque deux ans- choc affectif d'une inouïe intensité ou encore autres choses?..), en fait, je ne passe pas tant de temps que ça à comprendre d'où ça vient plutôt qu'à me concentrer à gérer l'affaire. Je pense au mot résilience. 

    La nuit dernière j'ai relu les textes que j'ai écrit sur le blog et je trouve que ça montre quelqu'un qui se cherche. Ça part dans tous les sens. Rien n'est figé dans le béton. Je me cherche et je cherche des façons de vivre avec ma maladie. Je pourrais tout effacer mes écrits que ça ne me ferait pas de la peine, je ne m'attache pas à mes mots (maux). Je les laisse être, le temps d'une lecture, le temps de tracer un paysage, une idée, une pensée et hop! L'appel de la page blanche est pour moi plus important que mes écrits. Les textes que je produis sont comme des dessins, rien de plus. À travers eux,  j'appréhende le réel, l'invisible, l’innommable, le superflu et l'inutile parfois. J'erre. Je marche. Je vis. Je suis. J'existe.  Je laisse une trace dans le sable de la plage et la mer va se charger de tout effacer. Si ce n'est pas la mer, ce sera le vent, la pluie, la neige. Mais le temps d'une lecture peut marquer une âme de façon indélébile aussi. Je ne l'oublis pas. Certains mots demeurent. J'aime écrire. J'en reparlerai. Et j'aime être lu. Aussi. Évidemment. Les lecteurs et les lectrices participent à l'oeuvre littéraire au delà de ce qu'ils (elles) imaginent parfois. 

    J'aime penser que je suis un auteur, pas tout à fait un poète, un écrivain peut-être. C'est évident pour moi que sans l'écriture, je redeviens une ombre. Tous les jours, je me place en position d'écrire. Une posture exigeante. Écrire c'est demandant. Mais parfois, dans l'acte d'écrire, si je me place devant la page blanche et que je libère le flux, c'est relativement facile. Écrire dans la spontanéité est initiatique, libérateur, révélateur et thérapeutique. Écrire dans la spontanéité c'est me donner le droit de parler, libérer la parole s'est m'affirmer, m'affirmer s'est d'être là et voilà que tranquillement, les mots que j'écris dessinent un portrait qui me révèle. Tout ce que j'écris me révèle, me rends vulnérable, tout en me donnant de la force. L'écriture spontanée a ceci de particulier, c'est qu'elle vient de l'inconscient, que ce soit l'inconscient personnel ou l'inconscient collectif. Et laisser l’inconscient se manifester permet de "lire" ce qui nous habite, ce qui nous construit, bref, qui nous sommes. J'assume. Parfois c'est difficile de me relire. Parfois je libère mon flux d'écriture et je me retrouve devant une pensée qui me traverse mais que je ne veux pas en moi. Je ne me sens pas responsable des idées qui entrent dans ma tête. Je me sens responsable de celles que je nourris. Les idées vont et viennent. Par exemple, il y a déjà eu des scénarios à la Stephen King qui me s'ont passé par la tête. Mais ce n'est pas moi ça, l'horreur. Je n'alimente pas ce feu. Je tri. Je sélectionne. Il ne faut pas que j'aie peur de ce qui va sortir de mes séances d'écriture. 

    Un sous neuf qui brille n'est pas de l'or. Parfois, il me faut relire un premier jet pour dénicher le mot qui vibre. Celui qui me donne envie de vivre. Je cherche la parole qui guérit. Qui me guérit. Je parle des sentiers que j'ai traversé parfois, des ombres et de la mort, mais ce sont des réalités de vie et non des témoignages de méchanceté. Est vivant ce qui va mourir. C'est la réalité. Je me demande parfois comment j'ai fait pour traverser ces moments de folie durant lesquels j'ai pensé (je n'approuve pas toutes les pensées qui me visitent) que je serais mieux mort que vivant. J'aime vivre, même s'il faut souffrir un peu chaque jour, il y a de bons moments durant lesquels j'oublie (j'assume, accepte, tolère, endure..) la souffrance. Ces moments là sont de l'or. Par l'activité d'écrire, je multiplie mon confort. Je pense que quiconque souffre, devrait se trouver une activité artistique qui lui permette de vivre ce que je vis à travers l'écriture. Pour moi, écrire transcende la souffrance, la cristallise dans une oeuvre. L'acte créateur occupe les mains de l'ombre, permettant à l'être de se manifester. C'est ce que j'observe chez moi en tout cas. 

    Les arbres sont pour moi une source d'inspiration. Tout en eux me fascine. Je les connais peu, je ne connais pas leurs noms. Je les observe en silence sans chercher à les cataloguer et à les compartimenter dans l'encyclopédie de mon "savoir". Je les laisse vivre et être, au delà de ma connaissance. Je me nourris de les observer. Ce que je sais d'eux me suffit, cela dépasse mon entendement et me fait plonger dans mon imaginaire. Ils étaient là avant les dinosaures, ils sont plus nombreux que les humains, aucun n'est pareil à l'autre et chacune de leurs feuilles est unique au monde. Ils se reproduisent. Identité. Différence même dans la ressemblance. De sentir leurs présences en ce moment, sous le vent et la pluie, dans les forêts de la terre, persévérants, œuvrant à fouiller le sol et à sonder le ciel je me dis ceci: j'ai, comme eux, le droit d'être ce que je suis. Je n'ai pas à devenir autre chose. Je suis un homme, un humain. 

    Je suis un amalgame de choses complexes, je ne suis pas facile à définir, je ne cherche pas à le faire, j'en ai assez sur les bras à me porter moi-même. Mais voici, un petit croquis de plomb: je vis au Québec, j'ai soixante ans de parcours, une liste exhaustive de mes blessures est indisponible car trop complexe à lire, je me définie comme un écrivain du dimanche même si j'écris à tous les jours ou presque, j'ai plusieurs problèmes avec les normes, les préjugés et les limitations qui sont mon lot quotidien, j'ai des problèmes de santé, je suis un survivant de nombreuses batailles, je me débat pour ne pas m'auto-saboter et je me drogue aux pilules prescrites dans l'espoir de mieux être, de mieux respirer, de mieux stabiliser ma dynamique fondamentale. Je n'ai pas à devenir autre chose, mais comme les arbres je croîs. (Verbe croître). J'appelle ça mûrir, évoluer, grandir, me développer. Comme eux je puise certaines de mes forces dans le monde souterrain, mes racines sont dans l'invisible (ressentis, sensations, réflexions etc..)  et mes branches, sont dans le paraître, l'action, le travail et l'oeuvre. 

    Je dis souvent que chacun y va à sa manière. Ce sont quelques mots que j'ai agencés de la sorte pour me faire sortir d'une mauvaise passe, il y a des années de cela. J'y allais à ma manière, mais la thérapeute en TCC qui me suivait alors ne me trouvait pas ... adéquat. Je ne "fitais pas" dans son programme de prise en charge. TCC = Thérapie Cognitivo Comportementale. En fait, après avoir été dans ce genre de thérapie durant des années, je ne sais toujours pas c'est quoi et franchement, ça ne m'intéresse pas pour le moment. Mais je me suis sorti la tête de cet étau (la TCC) en écrivant cette phrase dans mon carnet d'écriture (un livre de 350 pages de feuilles lignées du Dollorama). Chacun y va à sa manière. Et je me suis mis à me prendre en mains en dehors de la TCC. Après les avoir écrits, ces mots là, je les voyais briller comme de l'or. J'ai continué la thérapie jusqu'à ce qu'on me laisse aller, mais je me suis mis à écrire de plus en plus souvent. Je m'étais impressionné moi-même. Haha.. La résonance de la phrase m'incite à penser que chacun chacune a sa place sur la terre, tout comme les arbres dans la forêt. Certains sont plus chétifs que d'autres et chacun puise les nutriments du sol autour de lui et plonge ses branches dans le ciel à la recherche de lumière. Je vois la concordance entre l'arbre et l'humain à travers cette petite phrase: Chacun y va à sa manière. De là, plus tard, suite à de nombreuses souffrances dus à un parcours mouvementé, j'ai ralenti la cadence bien malgré moi et j'ai écrit ceci: Je suis devenu lent, de cette lenteur qui fait pousser les arbres. J'ai quelque chose qui me vient d'eux, les arbres, une inspiration qui me dépasse. 

    Je parle, je parle, en fait je n'ai pas "d'objectif" ce soir, pas de sujet particulier, j'avais juste envie d'écrire sur mon blog pour dire que même si j'ai souffert et même si je n'ai pas de garanti que je ne vais plus souffrir, je suis vivant et je suis bien content de l'être. Certains portent leur histoire comme une plaie vives, d'autres ont développé plus de résilience pour traverser les épreuves alors que certains individus semblent n'avoir jamais vraiment souffert. Et je terminerai là dessus, la résilience. Je vous propose une rencontre. 


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