• Je suis dans une bonne passe. Je sais cela, j'en profite. À n'importe quel moment du jour ou de la nuit un mur de plomb peut me tomber dans la figure. J'ai des proches en ce moment qui en arrachent. Certains sont déprimés sans raison alors que d'autres devraient l'être avec raisons et ne le sont pas. Il n'y a pas de justice dans la maladie. 

    Quelqu'un, quelque part, pleure sa vie et n'en peut plus de vivre. Tous ses scénarios mènent au même endroit. Son cerveau fait des rebonds. Comme un ballon qui atténue sa course. Quoi dire quoi faire, cent commentaires mais aucun n'atteins l'être. Blindée, barricadée, cadenassée de l'intérieure. 

    Il y a quelque chose qui me chicote dans le fait que certaines périodes il faille revenir à l'essentiel. Le cerveau en dépression ne trouve pas l'idée séduisante, et pourtant il y a tant de leçons de vie à tirer de telles expériences. L'essentiel. Revenir là, dans ce lieu primitif, dans cet espace de solitude, de guérison, de silence. Le premier contact que je recrée quand je m'égare c'est la respiration qui me le donne. Un contact abdominal, une respiration dans l'instant. Juste une inspiration bien sentie, un seul souffle suffit parfois à me faire sentir vivant. Quoi faire de plus? Respirer dans l'instant, encore et encore et encore jusqu'à se perdre?

    J'ai une petite liste dans ma tête qui contient comme des balises pour aller mieux alors que tout me dit que tout va mal. J'ai trouvé ça: respirer, boire, écrire, pour ne pas laisser ma tête sous le contrôle de mes pensées intrusives. Et quand c'est pire que tout, j'ajoute faire des casse-tête, du coloriage, du bricolage et autres activités connexes. Il faut ce qu'il faut mais ce n'est pas vrai que je vais me laisser faire. 

    Il fut un temps où j'étais seul. Pas d'ami (e), pas de contact, pas d'échange, pas de membre de ma famille qui me contactait, personne pour prendre de mes nouvelles. Je travaillais dans la jungle à l'époque. Je revenais du travail si sale, que je me lavais sous la douche deux fois de suite, puis je m'écrasais devant des films à répétition, je dormais dessus. Je compulsais ma vie et je carburais au vent. Mon quotidien n'avait aucun sens, j'étais trop médicamenté et je souffrais d'isolement. J'ai passé des années à chercher un sens à la vie. À la mienne au moins. À la mienne. J'ai fait des listes. Des choses que j'aimerais vivre avant de mourir genre. Très utiles. Colorier tranquillement en faisait partie. Sculpter. Photographier. 

    De vivre durant un temps dans telle ou telle situation ne rends pas la chose plus puissante qu'elle ne l'est en réalité. Il arrive de réactiver des trucs en passant par là. Des pensées que l'on croyait réglées pour toujours resurgissent parfois avec une brûlure nouvelle. Je me dis dans ce temps là que tout est toujours nouveau. Rien n'est jamais pareil. Toujours, jamais, parfois un piège et parfois un allié. Faut faire avec. Je suis perfectionniste et je fais du toujours et du jamais mais je me dose, je me rationne. J'en fais pas une indigestion. 

    Laisser passer l'orage. Le mien a duré des années mais jamais je n'ai voulu abandonner mon âme à la maladie. Jamais. C'est l'essence indestructible de ma personne. Je ne me laisserai jamais faire. On sort obligatoirement grandit de ces épreuves de l'âme. Il ne faut pas avoir peur de la souffrance ni de la solitude, ni de la peur elle même. Ce sont des états qui nous visitent parfois. La résilience permet de transcender cela. 

    Ces temps ci j'ai fait du ménage. J'ai jeté environ 75 000 mots. Des passages obligés que j'ai du traverser. Sans témoin. Des passages de douleur qui me maintenaient dans la déprime. J'ai supprimé ces textes et je me sens respirer plus librement. Parfois, de traîner le passé c'est lourd longtemps. Il y avait dans ces 75 000 mots une partie de rêve. J'avais un scénario, une histoire qui m'habite encore. Un jour je vais peut être la raconter. Je n'ai pas trouvé le ton juste pour le faire. Je préfère l'appel de la page blanche à des gribouillis sans nom. Le vide est un appel. Pas tout le monde qui le comprenne. Les gens ne devinent pas. Il faut être précis.

    Je me suis donc préparé pour écrire ici. Je n'avais pas d'idée en particulier. Juste dire bonjour. 

     

     


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