• Ces jours ci je me questionne à savoir si je vais continuer d'écrire dans une fiction ou bien si je vais continuer à écrire un peu n'importe comment, à la va comme je te pousse ou bien si je ne vais pas cesser d'écrire. En ce sens, depuis trois jours j'essaye de ne pas écrire. J'ai coupé de beaucoup mais je n'y arrive pas tout à fait.

    Je n'y arrive pas en fait. J'ai besoin de ce rapport avec les mots, de cette rencontre avec le pouvoir de nommer. Il s'agit bien de cela, écrire c'est se donner le pouvoir de nommer les choses. N'importe quelle chose. De là, il faut nécessairement trier. On peut écrire sur n'importe quoi mais il y a des idées qui ne méritent pas que j'écrive sur elle. Pour m'en sortir par exemple, il faut que je pense différemment de mes habitudes. J'utilise donc l'écriture pour chercher. Mais parfois, je suis dans le brouillard par rapport à une émotion trop forte pour être gérée normalement. Il faut que je me donne du pouvoir sur cette émotion et l'écriture possède ce pouvoir créatif de calmer le jeu. Comme la musique, la peinture, le tricot, les casse-tête, le coloriage, la méditation, la lecture, la respiration et toutes ces activités qui sollicitent tous nos sens. 

    Écrire me permet de mettre de la distance entre l'émotion et mon être intérieur. J'ai appris à mettre de la distance mais je ne me pratique pas tant que ça, j'ai décidé de vivre seul pour ne pas imposer ma maladie à personne. Oh, je sais, s'isoler ce n'est pas sain. Mais de partager mon quotidien ne l'est pas non plus. J'imagine que si j'étais en couple, j'aurais trop de contraintes, trop de compromis seraient nécessaires pour "expliquer, partager, comprendre". Il me faudrait une femme en démarche dans la maladie elle aussi. Rare. Une femme non atteinte de maladie mentale ne voudrait pas dealer avec un gars comme moi. Trop intense, trop dense, trop ancré dans mes habitudes de survie pour en sortir. Avouez que c'est pas vendeur comme maladie: bipolaire. Double pôle. Deux champs attractifs. La déprime et la fébrilité. Je ne vais pas dans l'invincibilité mais je visite des états provoqués par les activités créatrices. Je me focus là dessus au maximum pour garder la drive de foncer dans la vie. Je n'ai plus autre chose. S'il me fallait me chicaner dans la vie je serais malheureux comme un pierre. Je braillerais ma vie d'aujourd'hui. Je peux faire ce que je veux, quand je le veux, comment je le veux, sans perdre une seule once d'énergie à convaincre quelqu'un que c'est pour mon bien. Alors vivre en couple ce n'est pas une véritable option pour moi. 

    La vie prend toujours le chemin le plus vivant possible. C'est la loi de la vie. Elle cherche à guérir. Il faut y être sensible. Si on se coupe, le corps travaille contre notre volonté pour guérir. C'est la base. Au niveau de l'esprit c'est pareil. De trouver le contact dans cette réalité là demande un effort que rien ne peut distraire. La vie c'est le pouvoir de guérir. Le plan physique nous enseigne la guérison, sauf envers certaines maladies dégénératives. Sur le plan mental aussi il y a certaines formes dégénératives. Un cerveau qui fait des free games à répétitions doit être calmé. On le fait par soi même, avec une discipline personnelle, on le fait avec l'aide d'une médication spécialement prescrite par un psychiatre et on adopte une forme d'hygiène de vie qui permette à notre corps ET à notre esprit de - s'améliorer -. Ou tout au moins de rester stable. La fameuse stabilité dont rêvent les malades mentaux. (Ah? On dit pas ça?)

    Bon, si j'avais l'opportunité de me trouver une copine, il faudrait faire chambre à part, ou même logement à part, pourquoi pas? Chacun chez soi, dans nos affaires. On fait le ménage quand et comme on veut, sans personne à satisfaire. On se lave de la même façon, quand et comme on veut. Sans témoin de notre vie, pas de question, pas de chicane. Et la personne en question, ma compagne, je la verrais sur une base amoureuse mais du genre vivre et laisser vivre. Si la personne ne m'inspire pas de suite, par ses attitudes justes et par une philosophie qui ne ressemble pas un peu à la mienne, c'est comme de demander à un amateur de films d'horreur de regarder un drame sentimental. Ou vice versa. C'est là que je veux aller. Les compromis. Un ensemble commun de compromis, créé en amoureux je suis partant. Mais de me faire imposer des façons de penser ou pire, en imposer à d'autre je serais malheureux. Les partager et s'en trouver grandit ça, oui. À profusion. Mais même le plus dévoué des amants doit se reposer un jour. Et la lune de miel entre les amoureux ne dure qu'un temps. Quatre heures ici, trente six heures là, vivre chacun chez soi fait qu'à un moment donné on doit s'en retourner chez nous et la vie continue, enrichie par le partage.

    Être en amour pour le meilleur, pas pour le pire. Le pire, je m'arrange avec tout seul. Sans témoin. Par la pratique des Arts plastiques, par l'écriture surtout. Des mots contre des maux. Lutter mots pour maux. Vivre c'est un peu comme de tourner en montant autour d'une montage. Gravir la montagne en tournant autour d'elle fait en sorte qu'à chaque tour complet ben le paysage est le même. Le lac à l'ouest (par exemple), la prairie au nord, la mer plein sud et à l'est, le soleil qui se lève. Nécessairement, il faut comprendre qu'il va y avoir un moment ou lorsqu'on revoit le lac pour la cinquième fois on se dit merde, je tourne en rond. Et dans un sens oui, on revoit le lac à chaque tour mais on monte. C'est ça le but, de grimper. Chaque niveau de conscience me fait (nous fait) grandir. Les mots, l'écriture, le partage, gravir ma propre montagne et motiver les autres à faire de même. 

    Je dis ce que je pense. Je n'essaye pas de faire des textes sur des sujets précis. Je tourne en rond. Je gravis. Je cherche à comprendre et je me crée des images intérieures pour me comprendre et comprendre le monde. Je me suis reconstruis ainsi. Une brique à la fois. Une pensée à la fois. Un mot à la fois. Lentement. Je fais l'éloge de la lenteur. Je suis devenu lent, de cette lenteur qui fait pousser les arbres. Avec une conjointe je ne pourrais pas être moi même. Il faudrait que je plaise. Et plaire c'est malsain quand il faut se forcer. Difficile de savoir si on se force. Des énergies subtiles sont en branle dans l'art de séduire. Tellement d'énergie dépensée envers la chose. Je suis chanceux, je suis sorti de ça. Je ne dis pas que c'est moi qui ai raison et que tout le monde devrait faire comme  moi. Non, je dis que je vis seul pour ne pas perdre d'énergie dans la séduction. J'ai pas d'énergie à dépenser là dedans. Évidemment, si je séduis sans effort, c'est bon. :)

    Bon, une partie de moi croit encore à l'amour. Avec un grand A. Je ne suis pas malheureux de ma situation de célibataire. Tout peut arriver. Je me dis que mon équilibre passe avant le couple. Si couple il y a un jour ce sera parce que j'ai rencontré quelqu'un avec qui les relations humaines sont faciles. Harmonieuses. Je ne cherche pas de partenaire.

    Parfois je rêve à la chose.

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    J'ai privé mes doigts d'écriture durant les trois derniers jours. Je ne sais pas vraiment pourquoi. J'avais le goût de voir de quoi seraient remplies mes journées j'imagine. Mais là, j'ai le goût d'écrire, mais je dois aller me coucher car je suis fatigué.


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