• La séparation permet la rencontre avec soi-même. Je parle d'une vraie rencontre là. Quelque chose de vraie et de permanent. Après l'euphorie de la vie de couple, la solitude permet cette rencontre avec soi-même. Idéalement, le but de la vie de couple c'est de permettre à cette rencontre avec soi d'avoir lieu quand même. À l'intérieur de la relation on devrait pouvoir se rencontrer. Mais c'est rare des couples qui arrivent à ce niveau de maturité. 

    Qu'est-ce que j'entends par là? Je pense qu'un des objectifs de la vie c'est de nous rencontrer et de nous co-naître. Rien de moins. Pas facile. Exigent et quotidien. La rencontre c'est un rapport avec soi, un dialogue intérieur que l'on se donne le droit d'entretenir. Qui fait ce travail en même temps qu'il est en couple? C'est rare je crois, je ne connais pas beaucoup de gens comme ça. Mais j'aime croire qu'il y a de plus en plus de couple comme ça. 

    La séparation survient souvent quand il n'y a plus de place pour nous même. Il faut constamment donné le change à notre personnage de "conjoint(e)". Alors qu'à l'intérieur de soi nous sommes tout autre. Quand la relation de couple est terminée, ce n'est pas la fin du monde. C'est juste un deuil de plus à faire. Rien de moins et rien de grave. On vivait avant, on va vivre après. J'aimerais partager un certain témoignage dans l'espoir d'inspirer quelqu'un en quelque part à se rencontrer. 

    J'ai toujours été en couple sauf depuis 2006. En 2006 j'ai reçu le diagnostique de bipolarité et mon couple s'est fissuré. J'ai habité deux ans avec ma conjointe de l'époque alors qu'elle avait rompue avec moi. Deux ans dans la même maison à entendre des chansons de Joe Dassin dans ma tête, je continuais de l'aimer alors que pour elle, la relation était bien terminée. Elle m'a annoncé la nouvelle entre deux bouchées de soupe. – Toi et moi c'est terminé. Rigide et sans appel. Elle a cessé de s'investir dans la relation amoureuse drette là. Sa décision était prise d'avance mais pour moi, c'est là que tout a commencé. Je me suis acheté un cahier d'écriture, les cahiers spiralé de 300 pages ont servi de défouloir à toutes mes angoisses. J'écrivais des poèmes d'amour, des lettres de bêtise, je cherchais à ne pas souffrir, j'ai écris pour m'en sortir. J'écrivais pour moins souffrir. J'ai cherché par l'écriture des façons de philosopher ma vie. Je me voulais au dessus de la souffrance. J'assumais le choc mais refusais de flancher. Elle, durant ce temps, elle continuait à regarder ses émissions de télé le soir après l'ouvrage. Je lui préparais des soupers gastronomiques qu'elle mangeait devant son ordinateur. Tanné de me sentir après elle, la dame m'a inscrit à un site de rencontre, elle me poussait dans les bras des autres femmes. Après m'être amusé un temps, j'ai repris mes crayons et l'écriture, je n'allais pas me laisser faire. Non mais. La madame décide de rompre et en plus elle m'abonne à un site de rencontre pour que je me trouve des partenaires de sexe et peut être une autre blonde. Ce n'était pas MON choix, pas MON projet, je subissais encore dans mon corps les désirs de mon ex. Je me pliais à ses désirs, jusque dans ma séparation. Pitoyable. C'est pas mal là, durant cet épisode de vie, que j'ai pris la décision de vivre seul jusqu'à temps d'être heureux avec moi même. Sans conjointe comme prétexte au bonheur. Le seul responsable de mes  états intérieurs c'était moi. Il fallait m'assumer. J'ai donc commencé à critiquer ce que j'écrivais, de fois en fois. Un jour j'écrivais une façon de voir un problème et le lendemain, j'écrivais une autre façon de voir le même problème. C'est dans la diversité des points de vu que ce trouve la véritable force de vivre. Je me suis investi d'une sorte de mission personnelle, je cherchais de plus en plus de façon de voir mes problèmes. Et par ce travail, beaucoup de mes "problèmes" se sont mis à prendre moins de place. C'est comme si je compartimentais ma vie pour mieux la cerner. Chaque petit paragraphe servait à mettre de la lumière dans mes ténèbres. Juste le pouvoir de nommer les choses me satisfaisait au plus au point. 

    Écrire comme on fait de la musique, de la peinture, de la sculpture, du tricot ou des puzzles. Écrire pour vivre. Chercher à ne pas se laisser faire. C'est le moyen le plus fort que je connais pour désactiver la peur et l'anxiété. Oui, respirer est encore plus efficace mais je parlais d'une activité artistique. Je parle de s'exprimer à travers un processus créatif. Les bipolaires ont a tous une drive en rapport avec la créativité. Il faut pousser par là si on veut se rencontrer et se réaliser dans le monde. La créativité je l'ai rencontré dans différents médium à date. Rien n'est plus fort que l'écriture. Je conseil à tout le monde de se prendre un cahier trois cents pages et de foncer. 

    Quand j'ai vécu ma séparation d'avec la femme de mes rêves, je me suis retrouvé coincé entre deux forces colossales. D'un côté j'avais l'expérience d'onze ans de complicité avec une femme que j'adorais et de l'autre, une rencontre avec moi-même se manifestait. J'avais le choix entre vouloir demeurer le conjoint ou essayer d'être qui j'étais vraiment. Demeurer le conjoint de madame était impossible, la relation était terminée. Je n'avais pas mon mot à dire, la décision était irrévocable. Aucune discussion jamais ne ferait changer d'idée ma conjointe. Alors il m'est apparu comme nécessaire de me rencontrer. En même temps qu'un deuil c'est étrange mais ca fais plus de sens que l'on pourrait croire. Je me suis mis à écrire Je suis...  j'aime ceci, j'aime cela, je veux ceci, je veux cela, je me suis mis à conjuguer le verbe faire au je. De plus en plus au présent en plus. Je m'approchais de moi et de l'instant présent tout en même temps. Une rencontre eut lieu. J'ai écris: je suis ce que je suis et deviens ce que je dois. Je me suis donné le pouvoir d'être qui j'étais vraiment. Je n'aime pas la télé. Je n'ai pas de télé. Je n'entends pas d'annonces publicitaires. Je n'aime pas la dépendance affective mais j'en souffre. C'est comme l'alcoolisme. C'est une conscience que la condition est permanente. Dépendant un jour dépendant toujours. Donc, j'ai du cheminer là dedans. La dépendance affective. J'ai fais mon deuil de ma relation amoureuse en prenant conscience de mes liens de dépendance envers mon ex. Ouch! 

    Vivre une séparation et assumer une séparation c'est différent. Assumer une séparation c'est accepter de visiter des états affectifs plus ou moins agréables à vivre. Mais il faut les vivre. C'est seulement comme ça qu'on apprivoise le deuil. Il faut le vivre. L'écriture permet de ressentir les émotions avec moins d'intensité physique et plus d'intensité psychique. C'est nouvelle force psychique, portée par l'écriture, permet la rencontre d'avec soi-même. On écrit toujours le mieux possible. C'est le propre de l'écriture: on aspire à écrire le mieux possible. On fait de notre mieux quand on écrit. C'est la clef. Avec cette conscience là on ouvre un monde devant soi, le nôtre. Notre monde intérieur se manifeste dans nos mots. Chacun y va à sa manière. Chacun chacune nomme ce qui l'habite, ce qui le caractérise, ce qui le différencie, ce qui le révèle. La séparation permet cette rencontre "sacrée". Nous sommes le centre de notre propre vie. Nous sommes le noyau important de notre vie. Nous sommes notre vie. J'irais jusqu'à dire, nous sommes la vie. Nous sommes tant que nous vivons. Et nous ne sommes pas que douleur, dépendance, souffrance et incompréhension. Nous sommes de formidables machines de guérison. Avec un peu de résilience on a accès à se prendre en mains au delà de la solitude et du célibat. La solitude c'est pas une maladie mortelle, elle n'est pas une punition, c'est un état de grandes révélations. Personne n'est plus là pour assumer la responsabilité de nos échecs, de nos souffrances, de nos frustrations. Seul on se doit de se responsabiliser. Nous pouvons devenir plus responsable encore, si cela est humainement possible. Plus responsable. Si il n'y a plus de lait dans le frigo c'est plus la faute d'un autre. C'est de la nôtre. On organise notre vie comme on l'entends, selon ce qu'on aime, on réussit tant bien que mal d'atteindre à une vie plus saine et plus valorisante car il n'y a plus de conjoint,te, dans les parages pour prendre le blâme alors on fonce, on se réalise. Et là, on peut imaginer une autre relation amoureuse à travers un autre système relationnel. Plus sain et respectueux de la différence. Non plus de la soumission pour plaire. Plaire quand on fait rien pour c'est le fun. Mais scaper notre vie pour plaire à quelqu'un? Plus jamais. La dépendance affective dont je souffre a du prendre le bord pour que je sois capable d'écrire ça. J'ai dépensé tellement d'énergie à tenter de plaire aux femmes de ma vie. 

    Bon, oui, je placote à gauche et à droite, je n'ai jamais dit que j'étais facile à suivre. Je butine quand j'écris, vous avez du live ici. Je ne corrige pas tant que ça et je ne modifie pas ce qui sort. Je ne me censure pas non plus. J'écris comme je pense en ce moment donné. Après c'est différent. Je suis en mouvement. Je bouge. Je pratique du yoga mental. Mon outil de choix c'est l'écriture. Sans elle je n'aurais pas traversé toutes les épreuves que j'ai traversé dans la vie. 

    Oui, bon, d'autres font la même job en réfléchissant, haha, mais je ne suis pas assez bon la dedans, je passe par l'écriture. Il y a autant de façon de faire qu'il y a d'individus sur la terre. 

     


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