• Des fois, j'écrivais des lettres que je n'envoyais pas, d'autres fois j'écrivais des chansons en croyant que ça passerait sûrement à la radio si, si et si, puis est venu un temps spécial durant lequel j'écrivais pour mieux vivre. J'écris pour mieux vivre. Je sais que je ne suis pas le seul à utiliser l'écriture dans ce sens. Je pense qu'il n'y a pas de hasard là dedans. L'écriture permet d'appréhender le monde et tout ce qui l'habite. Il suffit de quelques mots parfois pour mettre de la lumière là où ce n'était que ténèbres. Un mot possède une vibration de sens. Associé à un autre il change de sens. C'est subtil. Ça aide à nommer les choses avec plus de précision. Mais personnellement, j'écris souvent dans le flou. Je suis comme ça. Je ne suis pas tant précis que cela. Je laisse de la place à l'interprétation je crois. J'essaye d'être précis parfois et je n'y arrive pas du premier coup. Il faut que je travaille durant des jours pour clarifier un point. Écrire c'est un art. Il faut y mettre notre sensibilité si on veut parvenir à transmettre sur papier une émotion quelconque. Avec le temps et la pratique, on trouve un style littéraire personnel. Mon style littéraire est  basé sur ma philosophie de vie. Elle transparaît dans mes écrits. 

    Quand vient le temps d'affronter mes limitations, mes peurs ou mes anxiétés, je travaille à écrire les mots les plus proches de la réalité. Un exemple. Comme j'en ai parlé ailleurs, j'ai déjà vécu deux ans dans une maison avec ma blonde pendant qu'elle avait rompu avec moi. Chambre à part dans la même maison alors que je l'aimais encore mais elle non. Je souffrais l'enfer. Bref, dans un cahier d'écriture, je me défoulais mais rien n'aboutissait à me faire me sentir mieux. Jusqu'au jour ou j'ai transcendé le problème. Je m'étais mis à écrire des phrases qui me rendait plus fort, plus résilient, j'écrivais que j'étais capable de vivre la situation, j'écrivais que personne ne me détruirait, j'écrivais que cette expérience allait me faire grandir et que tout ce que j'allais endurer là allait me rendre plus fort. Dans les faits, ce que j'écrivais me permettait de voir le même problème de plusieurs façons différentes. J'écrivais des tonnes de liste de choses à faire, de choses à penser, de choses à assimiler. Faire des listes permet un gros travail dans les synonymes. Dans les synonymes on trouve des nuances et des perceptions subtils. Tant qu'à écrire, je me suis amusé à jouer avec les mots. Je suis pourri en syntaxe et autres choses du genre. Je travaille plus mes synonymes que le reste. Le sens des mots, le sens des choses, écrire des choses qui font du sens. Alors je me suis surpris à écrire des phrases au dessus de mes capacités réelles. Je me suis mis à conjuguer au présent. Écrire au présent est difficile quand il s'agit de faire la liste des choses à faire pour s'en sortir. J'ai écris des phrases comme: Gérer mes états affectifs avec lucidité et maturité. Mon rêve d'avenir n'est pas au point. Je porte mes souffrances dans le silence. Je garde pour moi les tourments et la douleur qui m'assaillent. Je suis souple dans mes pensées. Je ne paralyse pas devant la vie. Je me transforme. Je demeure conscient que chaque journée est unique et qu'elle possède tout les possibles. Je ne me laisse pas submerger par le désespoir, la peur ou l'angoisse. J'écris chaque jour pour garder le cap sur mon cheminement. etc..

     Il y a une force qui s'éveille quand j'écris au JE et au présent. Il faut absolument tester la chose. Mais plus que tout, il n'y a pas de méthode précise. J'écris comme je peux. Chacun y va à sa manière. L'important c'est de mettre en place un outil de renforcement. L'écriture est un de ces outils, et non le moindre. Je dirais le plus adapté à la prise de conscience, le plus apte à tracer différents points de vu, le plus pratique parce que ça coûte rien écrire et aussi, le plus puissant des révélateurs. Écrire nous révèle à nous même. Il ne faut pas avoir peur de se découvrir différent de ce qu'on croit être. Parfois, on écrit des trucs qui nous montre un aspect de soi que nous ne connaissions pas. On parle à soi même dans un premier temps. Il n'y a pas de témoin, le journal de bord dans lequel on écrit est un outil de travail personnel. Un outil qui oeuvre dans l'ombre et la lumière. Écrire dans ce sens c'est un signe de force. On cherche à devenir plus mature, plus conscient, plus responsable, plus libre. Écrire me permet de contourner ou d'assumer bien des problèmes qui me sont insurmontables. Nommer les choses pour soi même. Se donner le pouvoir de nommer est un grand mouvement de liberté. Parfois, j'écris au delà de mes besoins. J'écris à l'autre. Depuis un an environ j'écris des courriels à des amis(es) épistolaires. Des amis que je contacte par l'écriture. Mes lettres sont à mon image, mon écriture est à mon image, et cette image est encore flou pour moi, un miroir déformant. Je ne suis pas rendu au point où je puisse dire que mes mots sont moi, ils me ressemblent mais sans plus. Je ne suis pas esclave de ce que j'écris. Pour moi, écrire est un acte de liberté ET de censure. J'écris beaucoup pour placer mes limites. Je fonctionne mieux à l'intérieur de certaines balises. Je n'aborde pas tous les sujets qui me passent par la tête. Ma tête n'est pas une poubelle. Parfois il y a des pensées parasites qui me visitent. Je ne les retiens pas. Je ne me sens pas responsable de ce qui entre en moi mais je me sens responsable de ce que je fais des pensées qui me visitent. Si j'entretiens une pensée toxique et bien je ne suis pas surpris de me sentir mal dans ma peau. Il arrive qu'une pensée ne soit pas toxique mais juste qu'elle ne m'intéresse pas, je ne la retiens pas plus. Je choisis mes combats autant que possible.

    J'ai été, par période, totalement mais entièrement dysfonctionnel. Je me suis retrouvé dépressif dans le sens le plus pur du terme. Dépressif. Prendre soin de mon corps, prendre soin de ma vie, prendre soin de mon travail, prendre soin de mes proches, tout cela ne faisait pas parti de mes priorités. Je n'avais qu'un seul objectif, dormir pour ne pas affronter la vie. Vivre était un combat de chaque instant. Dans ce temps là, j'étais une victime, je me considérais comme telle et je ne savais pas être autre chose qu'une victime. C'est durant une dépression que je me suis surpris à utiliser l'écriture comme moyen de conscientisation. Je me détestais. J'ai commencé à écrire sur mon attitude en général. C'est là que j'ai mis à jour mon attitude de victime. J'ai détesté ça. J'ai beaucoup écris sur le sujet. Je ne voulais pas vivre en victime. J'ai donc changer les verbes, les adjectifs, les mots dans mes phrases. Je suis dépressif parce que je suis malade devenait: qu'est-ce que je peux faire dans l'état où je suis?

    J'utilisais beaucoup le verbe être. Ensuite, j'ai commencé à utiliser le verbe faire. Je voulais faire des choses. Laisser une trace, une marque de mon passage. J'ai voulu devenir peintre, musicien, sculpteur, écrivain. Je me suis concentré sur l'écriture. Même si je ne suis pas publié, je me considère comme un écrivain. Qu'est-ce qu'un écrivain si ce n'est pas quelqu'un qui écrit chaque jour pour apprivoiser la vie? L'appel de la page blanche est un appel à l'au-delà de soi. On se rend sensible à plus grand que soi et on espère l'inspiration pour manifester cet au-delà à la face du monde. Écrire pour moi ne passe pas par la page blanche. Écrire c'est de salir le papier. C'est de répéter cent fois le même mot, le calligraphier cent fois en espérant de lui la pleine lumière de la conscience. Et ce travail permet souvent d'écrire un autre mot, puis un autre, de former des phrases et d'écrire des idées pour m'en sortir. Le but c'est de sortir de la prison de mes pensées pour acquérir à chaque jour, un peu plus de lumière. Sortir de la prison de mes pensées. Sortir de mes pensées. Visiter d'autres pensées que les miennes. Ce n'est pas parce que je suis capable de comprendre quelque chose que cela me rends obligé d'être d'accord avec cette chose. Des fois j'écris sur des trucs qui vont aller directement à la poubelle. Je garde toute les feuilles dans mon cahier mais quand il est rempli, il arrive que je le jette aux poubelles. Je ne m'attache pas aux mots que j'écris sauf durant un bref instant, le temps de me relire. Haha. Je suis constamment à la recherche d'un regard neuf, j'écris tout le temps ou presque. J'écris beaucoup. Plus de deux milles mots par jour, parfois plus, parfois moins, mais j'avance à chaque jour dans la pratique de mon art. J'ai choisi l'écriture comme Art. Je pratique d'autres activités de bricolage mais l'écriture est le top du top pour moi. Si je n'avais pas l'écriture, je serais obligé de réfléchir. Haha.

    Attention, je ne dis pas que je suis bon écrivain, je dis que je suis écrivain parce que j'écris chaque jour pour appréhender le monde, la vie, ma vie, ma maladie, mes limitations etc. Dans le processus d'écriture il y a le monde de l'intention qui prend beaucoup de place. L'intention c'est ce vers quoi je tends. Ce vers quoi je tourne mon attention. J'ai l'intention d'être utile à ma société. Je lui ai tant pris et je lui ai si peu donné. C'est le pourquoi de mon blog. Partager avec d'autres la lourdeur de vivre. C'est lourd de vivre. Surtout si on a des conditions limitatives. Je sais de quoi je parle, j'en ai. Je m'adresse à des gens qui en ont. Ces limitations sont des cloisons qui nous encerclent. On peut changer notre vision des choses. Ces limitations sont des agents de conscientisation. Elles nous montrent où nous sommes coincés mais ne nous définissent pas vraiment. Ce qui nous défini c'est notre regard envers nous même. Je pense à ceux et celles qui peignent avec un pinceau entre les orteils car ils elles n'ont pas de main. Vivre à l'intérieur de nos limitations nous invite à mieux nous connaître. Encore plus si on écrit sur nos limitations. Sur notre façon de les contourner parfois. Vivre c'est de trouver un puits pour l'eau fraîche et un jardin pour se nourrir. À quoi carbure-t-on? Il s'agit de définir qui nous sommes vraiment, qui nous voulons devenir et du potentiel entre les deux jaillira la force de transformation nécessaire à la mutation. Et oui, je considère qu'après la pollution du nucléaire et du reste, je suis un mutant. Ne le sommes nous pas tous? Je suis un mutant bipolaire. Je me considère plus sain d'esprit que bien des gens dit ordinaires.  Mutant de: mutation, changement profond et radical. Je mue constamment. Constamment: constant dans le temps. Voilà, un petit clin d’œil de plus..


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