• J'ai le goût de continuer d'écrire sur des choses que je connais peu. Arrivera peut-être un jour quelqu'un qui se mobilisera pour échanger avec moi et me faire faire un bout de chemin? Bref, aujourd'hui je n'ai pas peur mais la journée n'est pas terminée. Et j'ai expérimenté cette énergie, cette force, cette sensation colossale qui paralyse l'organisme et ...

    lorsque je vais "bien", je m'interroge, sur toutes sortes de sujets mais surtout,

    sur les boulets que je traîne dans la vie.

    La peur est un de ceux-ci. Je l'ai beaucoup fréquentée mais je cherche à la démystifier davantage, d'où (doux) ce billet.

    Je ne crois pas qu'il soit approprié de décrire ce que la peur est pour moi, je crois que tous les humains l'ont rencontrée. Nous en connaissons souvent les déclencheurs mais encore plus, nous connaissons les sensations qu'elle nous impose. J'entends par déclencheur, ce qui la provoque. Peur du noir, peur du silence, peur du bruit, peur de ceci et de cela, des êtres maléfiques et invisibles, peur de la maladie, des insectes, de ce que pense les autres, de la pauvreté, des accidents, de la mort, etc... la liste est infini à ma connaissance car j'ai entendu des gens parler de déclencheurs que je n'ai jamais expérimentés. Donc, des gens vivent de la peur à cause de choses qui moi, ne m'ont jamais fait peur. Donc, (encore donc...) je dis de la peur qu'elle est une énergie qui semble faire subir aux gens plus ou moins les mêmes sensations mais que pour ce faire, elle utilise des déclencheurs variés selon les individus. Ça fait du sens?

    J'ai aussi le goût de dire que la peur possède comme un gradateur, il y a les petites peurs, les moyennes et les grandes, ainsi que tous les autres degrés. L'intensité variable de la peur la rend insidieuse. Parfois elle se déguise en anxiété, une peur sans déclencheur. On a peur sans savoir pourquoi. Impossible de dire pourquoi. On a beau chercher, c'est pas rationnel. La peur sans nom. Moi j'appelle ça de l'anxiété et je pense que je prends un médicament contre ça. Pas super efficace mais il me fait dormir, souvent le temps que "ça" passe. J'aimerais qu'il en soit autrement, c'est un peu le pourquoi je m'interroge, lorsque "ça" va bien. Comme en ce moment.

    Je fréquente la peur comme on fréquente de la visite qui s'invite sans avertir. En plus, la visite elle, elle cogne à la porte avant d'entrer. Enfin, c'est souvent le cas. La peur elle, elle se manifeste sans crier gare. Sournoise, elle saisit durant des instants plus ou moins longs et me fait sentir vraiment mal dans ma peau. J'ai comme un protocole de survie que j'applique lors de ses visites impromptues. J'en suis rendu, dans mon cheminement face à la peur, à me questionner à savoir s'il y a un danger immédiat pour ma sécurité, mon intégrité. Un blessure est-elle sur le point de m'arriver? Vais-je me couper avec un couteau que je manipule mal? Y a-t-il un agresseur potentiel dans la pièce avec moi? Est-ce qu'on vient de m'annoncer que j'ai un cancer en phase terminale? (On m'a déjà annoncé que j'ai un cancer de la peau mais que ce n'est pas grave: j'ai donc eu peur à ce moment là mais ce n'était pas grave!) Bref, vous voyez ce que je fais dans ce temps là? Je me connecte dans le présent et j'analyse rapidement, comme avec un radar, la dangerosité autour de moi. C'est rendu pas mal assimilé comme technique de survie la patente. Mais parfois, je ne trouve pas de danger imminent. Mais la peur est là. Réelle. Agissante. 

    Dans ces cas là, lorsqu'il n'y a apparemment aucun danger et que la peur se manifeste, je suis comme la victime d'un bourreau invisible. Je dois bien accepter la situation même si au fond de moi je ne le veux pas. J'accepte très difficilement la présence de cette force en action dans ma vie. Je lui résiste. Je l'affronte, quitte à lui donner des noms, je tâtonne jusqu'à la faire fuir. Parfois quelques instants, d'autres fois durant des jours, elle reste en moi comme un poison. Et oui, il arrive qu'elle se soit incrustée la câline. C'est vraiment très pénible. À son plus dégueulasse, elle m'a tenu en haleine durant des années, 24/24h, lors de la disparition d'une de mes filles, adolescente à ce moment là. Mon pire calvaire. Toutes les autres peurs ont prit la mesure de celle-ci et des nuances dans l'intensité de la peur sont automatiquement apparues. De là la comparaison que je fais avec un gradateur. Maintenant, je vois des gens autour qui ont des peurs enfantines. Hé,  ho, je respecte le fait qu'ils aient peur de ceci ou de cela mais je suis tenté de leur dire come on ... on ne se laisse pas dominer par la peur pour une araignée, si? Nonnnn... Ok, je comprends que c'est parfois viscéral et profond, un déclencheur anodin peut devenir un déclencheur insurmontable pour un autre. Je comprends cela. Mais ce que ça m'inspire à partager c'est:

    Quand j'étais jeune, vers mes cinq ou six ans, je vivais dans une maison qu'on appelle: un bungalow. Avec un sous sol non fini, en béton gris, humide et froid. Une fournaise au mazout traînait là, avec des boîtes et dans un coin de la cave, un petit atelier sans mur. Des monstres habitaient ce lieu insolite et le soir, à l'étage, lorsque je m'étendais dans mon lit, je sentais leur présence. Je respirais du bout des dents, écoutant les moindres craquements de la maison en leur associant des activités terrifiantes reliées à ces montres imaginaires. Je SAIS aujourd'hui que la peur utilisait, pour se manifester à moi, mon imagination. Je sais donc qu'il y a des peurs imaginaires. Quoi qu'il en soit, que la peur soit fondée ou non, elle est réelle. Les ressentis générés par sa présence sont réels. Il n'y a rien de ridicule là dedans, aujourd'hui je n'ai plus peur du sous-sol, ni des monstres, ni des craquements, ni du noir. J'ai neutralisé une multitude de petits déclencheurs qui autrefois, suffisaient à me faire peur. La noirceur, je l'ai expérimentée. Pas sous toutes ses intensités mais sous pas mal de formes disons. Je dis que je n'ai plus peur du noir. La noirceur ne me fait plus peur. Évidemment, je dis ça sous toute réserve, haha... Je ne provoque pas la peur.

    Le but de mon partage sur la peur c'est d'ouvrir un dialogue avec des gens sur ce sujet bien tabou. J'ai observé, chez plusieurs, la présence de la peur mais on dirait que peu d'entres eux savent en parler, et que la majorité des gens que j'ai fréquenté dans ma vie n'ont pas de cheminement associé à la peur, comme si les déclencheurs de l'enfance avaient encore le même pouvoir aujourd'hui. Je pense que nous sommes responsables de ce que nous faisons lorsque la peur se manifeste. Je pense que nous avons un certain pouvoir sur cette énergie et je pense que chercher à nommer les choses aident grandement à désamorcer l'intensité de la peur lorsqu'elle se manifeste. J'ai aussi connu des gens qui vivent dans le déni et qui disent à qui veut bien les écouter qu'ils ne connaissent pas la peur. J'en doute, je crois que la peur affecte tous les humains. Comme tous les autres états affectifs, chacun de nous en a vécu au moins une fois dans sa vie. Je m'adresse donc plus spécifiquement aux gens qui ont une démarche face à la peur. J'aimerais votre avis, votre témoignage. Entraide.

    Personnellement, j'utilise l'écriture pour nommer les choses. Ne pas avoir peur d'avoir peur. Je sais que la peur passe, comme le font les nuages dans le ciel. Je cherche des choses à faire pour contrer son emprise sur mes ressentis. 

    Voilà, c'est déjà terminé pour mon petit partage sur la peur. Ce n'est pas évident d'échanger sur ce sujet mais je tente ma chance...

     


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