• Pour moi, être et faire sont deux verbes qui ont une signification particulière.

    Le verbe être est un de mes verbes préférés, le verbe faire en est l'assaisonnement le plus actif. 

    Je parle au je bien évidemment. L'important c'est que chacun-e trouve ses rapports avec la vie. Le mien c'est d'Être avant toutes choses. Être qui je suis c'est une réalité qui dépasse l'entendement. Je ne crois pas que nous puissions imaginer réellement qui nous sommes, de là, une méditation, une réflexion, une pensée nous enrichira toujours sur notre être. Nous sommes plus que ce que nous imaginons que nous sommes. Être vivant c'est une occasion de dépasser notre pensée réductrice. Ce que je veux dire c'est qu'il y a une quête à faire au niveau de savoir qui nous sommes réellement. Suis-je juste le produit de ma pensée ou bien suis-je autre chose que je n'imagine pas? Si je me vois dans un creux, dans une dépression, dans une maladie, dans un malaise ou un mal être, est-ce que je ne suis que ce que je pense ou bien y a-t-il toujours au delà de moi une réalité autre qui fait que je suis plus que ce que j'imagine être? Personnellement, je crois qu'il y a, au delà de ma pensée, une réalité autre. Je ne suis pas capable d'envisager toutes les subtilités de la chose mais ÊTRE c'est un état qui me permet de m'approcher davantage de la réalité. Être vivant c'est pas banal. Pouvoir respirer, pouvoir boire, manger et pisser font parti de ces verbes qu'incarne le verbe être. 

    Être c'est un état qui se superpose au dessus des autres. Il y a des religions, des méditations, des expériences de la vie qui proposent une plus grande sensibilité à être là, dans l'instant mais aussi dans le temps qui passe. Oui, être se rapproche de l'instant présent mais au delà de lui, la vie continue dans un momentum qui nous dépasse. L'instant présent c'est un peu comme de conduire une voiture, nous ne pouvons pas nous occuper de ce qui est passé, on doit conduire dans le présent pour éviter les futurs accidents possibles. J'associe souvent en moi le verbe être et la vie. Je répète souvent: je suis vivant. Je ne comprends pas toutes les subtilités de la chose mais je suis reconnaissant à la vie de me laisser vivre. 

    J'ai ainsi une chance de me prendre en mains une fois pour toute et d'accéder aux différents états d'âme qui viennent avec. J'ai écris une fois pour toute pour le plaisir de faire une phrase punch mais dans la réalité, on en arrive jamais au bout de la chose. On ne parvient pas une fois pour toute à un état de grâce. Chaque jour permet une petite naissance, chaque jour permet un peu plus de lumière, chaque jour peut aussi être, notre dernier. La conscience c'est de vivre ainsi. Et si c'était  notre dernier. (Je ne parle pas de suicide ici, non, je parle de mort: naturelle.) Chaque jour qu'il m'est donné de vivre est différent des autres. Je ne sais jamais à l'avance sur quoi je peux compter. Mon attitude de base c'est d'Être au meilleur de moi même, quoi qu'il m'arrive. C'est la base. Qui suis-je? Est-ce si important que cela de le savoir? Je suis plus que la somme de tous mes savoirs, de mes expériences, de mes respirations. Nous sommes tous comme ça. La conscience de s'en rendre compte permet d'accéder à un niveau différent de ce qui nous préoccupe habituellement.

    Ok, je vis dans la maladie donc mon rapport avec la vie est entaché de cette réalité là. Mais je me questionne à savoir si le fait que je sois malade ne m'ait pas rendu plus sensible aux choses invisibles. J'ai quand même passé six ans dans un état de dépression avancé. J'ai côtoyé la solitude, l'abandon, l'autodestruction, le laissé aller, la misère, la pauvreté de toutes sortes, je me suis cru inutile et je le crois encore parfois, inutile car je suis seul donc pas d'ami, des échanges occasionnels parfois mais sans la profondeur que l'on puisse atteindre avec un intime. Même là, je fais le mieux possible, être à mon meilleur malgré les manques qui sont mon lot quotidien. 

    Être, pour moi et dans l'instant, c'est de m'accorder au vivant. Je coupe le son de la musique, de la tv, j'écoute les bruits de la vie, j'accepte les sons que font les voisins, et les voitures qui passent. Je ressens dans mon corps cette vie si fragile qui palpite. Et parfois, je fais des choses. Faire. Faire pour être ou être pour faire? Je dirais un peu des deux. L'un peut mener à l'autre et inversement. Je place le fait d'être au dessus de faire.  En effet, il m'est arrivé de faire des choses sans être centré dans mon être et la job se faisait quand même, j'atteignais parfois à un bien être qui dépassait ma vision des choses. Être sans faire est possible, faire sans être aussi. Il y a donc une quête en quelque part qui réclame d'être entreprise. Faire des choses pour être ou être pour faire des choses ramène tout les deux au présent. Ce sont deux voies que j'emprunte régulièrement, ça fait partie de ma quête. Ma quête c'est de chercher qui je suis vraiment, de le devenir de plus en plus, et de ne pas me perdre en chemin. 

    J'ai longtemps refuser d'avancer, comme un enfant boudeur. Je ne pouvais aller là où je voulais alors je ne bougeais pas. Je demeurais enfermé en moi comme un jeune enfant qui ne veut rien savoir si on ne lui donne pas son jouet. On ne m'a pas donné mon jouet. Il a fallu que je traverse ce désert, je voulais me réaliser à travers le rêve des autres. Une maison, voiture, blonde, chats, et tout ce qui vient avec, j'ai réussi à incarner ce rêve durant des années mais mon être n'était pas. Mon être n'était pas. Je vivotais. Je ne vivais pas. Là, que je sois malade et affaibli par la maladie, je suis plus proche de qui je suis que je ne l'ai jamais été. Oui, je suis seul, pas de compagne à convaincre, pas de chicane interminable pour savoir ce que je vais manger ce soir. Vivre en couple c'est demandant. C'est une expérience que je souhaite à tous. Mais que ça coûte cher en identité, en compromis, en négociation, en chantage parfois et en souffrance. Il est venu un temps pour moi où je ne savais plus qui j'étais vraiment. Suis-je la personne que l'autre projette de moi? Assurément pas. Personne ne peut nous connaître autant que soi-même. J'ai donc fait ce que je croyais le mieux pour moi à cette époque là, je suis demeuré célibataire. Sans interférence je me suis dis que j'en viendrais plus facilement à bout. 

    Il y a des gens qui se morfondent par milliers parce qu'ils n'ont pas accès à une relation "amoureuse". Les sites de rencontres dénombrent des millions de personnes en manque d'amour. Comme si il n'y avait que ça qui comptait. Vivre seul c'est un peu perçu comme une maladie. Combien de gens se voient comme de la merde parce qu'ils n'ont pas de conjoint-e? Comme si d'être en couple allait tout changer. Rien ne va changer. Si on est pas capable d'être heureux tout seul on sera pas capable de l'être en couple ben ben longtemps. Oui, je suis d'accord que le bonheur est quelque chose d'intéressant à partager mais c'est aussi délicat partager du bonheur que de partager un état d'être. L'autre personne est rarement comme on l'imagine. Rarement. Il y a beaucoup d'illusions dans une vie de couple. Beaucoup de croyances non vérifiées meublent le quotidien.

    Je suis un dépendant affectif. Je me noie dans la relation amoureuse, je me perds. J'ai passé plus de trente ans en couple, avec différentes compagnes. Je sais que chaque fois tout change, je change, je change et je change. Je me perds. J'ai essayé de devenir ce que l'autre voulait que je sois pour ne pas me faire rejeter. On me disait tu es comme ci, tu es comme ça et je me disais, tiens, c'est vrai. Et je le devenais pour ne pas contredire. La dépendance affective c'est un mal sournois et terrible. Tant que le couple survit la relation de dépendance survit. À chaque accrochage ou chicane une réconciliation permet de continuer la mascarade. Être en couple dans une relation de dépendance affective c'est PAS de l'amour. J'en parlerai plus une autre fois peut être.

    Parfois, pour me centrer sur ÊTRE, je me concentre sur FAIRE. Je fais des choses qui me rapprochent du moment présent et sur des choses qui canalisent mes énergies sur  l'action que je pose. Faire du coloriage est une activité sur-utilisée dans les hôpitaux parce que ça fonctionne. Ça marche. Bricoler ça marche. Faire du bricolage permet de vivre plus près du temps présent et cela agit sur mon moral. Je me sens mieux quand je fais des choses de cet ordre que quand je ne fais rien. Je vais dire comme une de mes filles, c'est plus facile d'écouter la tv. Plus facile mais moins utile. 

    Être est la quête ultime pour moi. M'accrocher à ma réalité imaginaire fait parti de ma quête. Il y a tout un processus créatif en arrière de ma démarche. La réalité est saisissable par l'imagination parfois. Ne pas avoir peur de ça. Être et faire, être pour faire, faire pour être, accepter d'être vivant à partir de OÙ on se trouve et non à partir de où on voudrait être. S'accorder à ce qui est. 

    J'aime mieux accepter ma maladie et cheminer à partir de là que de refuser ma maladie et vivre en dehors de moi même. Être ne veut pas dire tout accepter. Mais pour moi, la base c'est de m'accepter tel que je suis et je n'ai su qui j'étais qu'en vivant seul. Loin du regard des autres. Aurais-je la force de recommencer à me mettre en couple un jour? Je ne sais pas. Peut-être. Avec la femme de mes rêves? Assurément.  

     

     


    votre commentaire