• - Introspection

    Je suis pris avec cette réalité là que je passe beaucoup de temps et d'énergie à chaque jour dans l'introspection.

    Observation, examen, regard attentif sur soi-même. 

    A. − PHILOS. [En parlant de l'effort d'une conscience qui se prend comme objet dans un but de connaissance de soi]

    J'aimerais qu'il en soit autrement mais c'est la réalité pour moi, je dois l'assumer, je pense beaucoup à comment je me comporte, aux idées qui traversent mon esprit et je tente de faire la part des choses. Dans ce sens, il y a beaucoup de pensées qui me passent par la tête et auxquelles je n'adhère pas. Je me dis que je ne suis pas responsable des idées qui me passent par la tête mais que oui, je suis responsable de celles que je "nourris". Et pour moi, nourrir une idée, ça s'incarne souvent par la réflexion et l'écriture. 

    Je pense que j'ai toujours fait de l'introspection. Depuis tout jeune, et je trouvais ça fatiguant parce que je me remettais constamment en question. Alors, durant des années, j'ai souffert de ça parce que je n'acceptais pas vraiment la chose. Je voyais bien qu'autour de moi les gens ne sont pas comme ça, pour la majorité d'entres eux. J'avais l'impression que de vivre, c'était se laisser aller à un doux mouvement du quotidien: métro, boulot, routine de toutes sortes et dodo. C'était ça, l'équilibre mental. Pas de profondes remises en question et de réflexions troublantes. La "santé" c'était la "routine" sans questionnement. Seulement voilà, j'ai fait une manie durant quelques mois de ma vie, fin 2005 et, en janvier 2006, on m'a officiellement diagnostiqué un trouble de l'humeur bipolaire. Pas de psychose, pas de violence, juste un long trip sans vraiment dormir, un roadtrip à travers la province du Québec. Plus de six mois de temps à rouler, rouler, rouler, dormir dans mon char trente minutes et reprendre la route, pour explorer toujours plus loin les limites de la vitesse à halluciner la vie. Un soir, la police m'a arrêté et direct à l'hosto. On m'a drogué, assommé durant plus de deux ans. Dépression et remise en question. Thérapie TCC, (thérapie cognitivo-comportementale, une thérapie presque inefficace pour un trouble comme le mien) puis là, au réveil, de l'introspection mur à mur. C'était pour moi un symptôme de la maladie. À ce moment là je me disais que ce n'est pas humain de remettre en question chaque geste et chaque pensée qui me traverse. Aujourd'hui je dis que si.

    En ce sens, je ne suis pas responsable des idées qui entrent dans ma tête MAIS, je suis entièrement responsable de celles que je nourris et de celles que je rejette. En bas de ça je n'y vais plus. Je suis responsable de ce que j'alimente et pour bien le clarifier, j'utilise l'écriture. L'introspection à travers l'écriture c'est thérapeutique, parce que ça me force à ralentir le débit des pensées, ça m'oblige à clarifier les choses qui circulent en moi et ça me permet de faire le tri dans ce que je cautionne et ce que je refuse de nourrir. Rendu là, je suis redevable à ma maladie de cette attitude, que j'aime. Je m'accepte ainsi. J'accepte de me remettre constamment en question et de me donner le pouvoir sur ce qui me rentre dans la tête. J'analyse peu mais j'observe ce qui se passe en moi. L'analyse c'est trop pour moi. Juste trier est déjà pas mal. Oui j'adhère à cette pensée, à cette croyance et non, je ne suis pas ceci et/ou cela, je suis ce que je suis et devient ce que je peux, ce que je crois devoir devenir.

    À travers l'introspection et par l'écriture, je me définis, je me découvre à la limite. Ce travail me permet de surnager côté estime de soi. Je ne me leurre pas, mon estime de soi est basse. Je me sens coupable d'être bipolaire. Comme si c'était de ma faute. Mais c'est un autre sujet. Pour revenir à l’introspection, je ne dis pas que je suis meilleur que quelqu'un d'autre mais je dis que je suis meilleur que j'étais et mieux dans ma peau depuis que j'accepte et que j'assume le travail que me demande l'introspection. Je ne dis pas non plus que je suis rendu quelque part mais je dis que je me sens en route vers quelque part. Et pour moi, ce sont des plus qui provoquent des sensations qui en valent les efforts.


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