• Parlons du passé quelques instants. De choses vécus et connues. Imaginons que je recule de quelques années, pour les besoins de mon exemple. Quelqu'un m'aurait dit que je sculpterais le bois et le caoutchouc d'imprimerie, je ne l'aurais pas cru. Je n'aurais pu imaginer les chemins que la vie aurait du prendre pour me rendre là. Moi, sculpter du caoutchouc d'imprimerie? À d'autres. 

    Et bien je le fais. Une démarche initié par une pulsion anodine. Un jour j'ai fait une encoche à l'x-Acto dans ma table de cuisine. Une table en bois de pin, Ikéa, dont le dessus est constitué de plus de trente petits morceaux de bois collés entre eux. Puis je me suis ambitionné et j'ai agrandi l'encoche. Une petite forme qui m'a fait songé à un poisson dans un bocal est apparue. J'ai gossé et gossé la table avec détermination, à l'x-Acto. Puis avec un ciseau à bois de menuisier. Ce ne sont pas des outils appropriés mais la passion prenait le dessus. Et j'ai mis la main sur des gouges à sculpter. J'ai magané ma table, le bois éclatait dans tous les sens, ce n'était pas un matériau approprié pour la sculpture.

    Et ceci entraînant cela je me suis acheté du bois de tilleul pour débuter la sculpture d'encoche. En anglais on appelle ça du "chip carving". Chaque jour j'ai pratiqué des techniques au delà de mes capacités. Puis j'ai fait quelques trucs sympathiques, en bois de tilleul. Et je me suis planté une gouge dans un pouce. Hôpital. J'ai continué à sculpter quand même, mais je me suis épuisé l'index de la main droite à trop le faire forcer. Pour le reposer, j'ai pensé à sculpter le linoléum. Vous connaissez peut être ce matériau beige-brun qu'on a presque tous été invité à sculpter dans les ateliers d'Arts Plastiques. Et bien, j'en ai commandé mais il y a eut une erreur dans ma commande et à la place, j'ai reçu des plaques de caoutchouc grises. Un matériau mou par excellence qui sollicite peu mon index et qui me permet de pratiquer certains gestes de sculpteur. J'ai fait des trucs. Je sculpte depuis trois ou quatre mois environ. Tous les jours. Je ne suis pas un sculpteur, mais je sais aiguiser mes couteaux pour qu'ils tranchent nette, les poils de mon avant bras, sans me faire saigner. Ils sont bien affûtés. Je baigne quotidiennement dans cet univers de création. 

    Je n'aurais pas été capable d'imaginer la chose possible. Mais c'est ça qui arrive. Je tire une leçon de ça. Si je regarde vers le futur maintenant, je le vois plein de potentiel. Beaucoup de choses sont possibles, même si je ne suis pas capable d'imaginer le parcours que prendra ma vie pour y arriver. Dorénavant, j'essaye de laisser de la liberté à la vie pour se déployer. Je place des rêves dans le futur comme on met en terre des semences pour qu'elles germent. Rien ne me dit que ça fonctionne comme ça mais quoi qu'il en soit, lorsque je vis mon quotidien, je sais que les gestes anodins peuvent avoir des conséquences positives sur mon parcours. Ceci entraînant cela, ...

    Cette prise de conscience que j'ai faite me permet de moins broyer du noir. Je reste pessimiste quand je regarde le futur. La vie sur la planète va si mal que je me questionne à savoir comment je ferais pour avoir une vie équilibrée dans un monde aussi chaotique que ça? Mais une parcelle de moi se dit que justement, par respect pour tous ceux et celles qui souffrent injustement de par le monde, je me dois de chercher autant que faire ce peu, l'équilibre et la réalisation intérieure. Je pisse dans l'eau potable alors que des millions de millions de personnes meurent de soif. J'en suis conscient. Je garde à l'esprit que je suis chanceux et c'est ce qui m'aide à gérer mes stress et mes anxiétés.

    Comme le dit si bien Pierre-Alain Faucon:

    Je remercie mes malheurs tous les jours pour la chance que j'ai!


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