• La dépression, c'est la migraine de l'âme.

    Quand j'ai une migraine, mon corps s'affaisse et diminue toute activité jusqu'à la plus strict respiration. Respirer sans faire de vague pour ne pas éveiller davantage la douleur. En état de migraine, je me couche dans un lit, n'importe lequel, et je ne bouge plus. Je me concentre sur ma respiration et je tente de ne plus vibrer que pour survivre. Habiter le souffle. Respirer sans faire de vague. Mais même si je fais ça, la migraine possède son propre rythme et elle me tient au lit le temps qu'elle veut. J'ai beau faire ceci ou cela pour la contrôler, elle suit son bonhomme de chemin. J'ai déjà eu des migraines de deux semaines, je connais aussi quelqu'un qui a fonctionné difficilement avec une migraine persistante de plusieurs mois consécutifs. Ayoille.. Je vois une similitude entre la migraine et la dépression. Chacune possède son rythme, chacune s'impose au dessus de notre routine et force le corps à ralentir. Il faut apprendre et attendre que ça passe. Pas très vendeur, je sais. Mais il faut ce qu'il faut.

    Il y a une similitude dans les attitudes à adopter en état de dépression. Celle que c'est temporaire fait partie de la panoplie des plasters que l'on nous offre. Mais je peux dire de suite qu'après des mois de dépression, se faire dire que c'est "temporaire", que "ça va aller mieux demain", ça fait dur. C'est juste quand on sort de la dépression qu'on y croit à ces promesses mal tenues. Temporaire. "Ça va passer!" Oui mais en attendant, ... La dépression est un passager qui s'incruste. Parfois, la dépression nous colle tellement à la peau qu'on a l'impression que ce sera un état permanent. Le combat dans ces moments-là, c'est de respirer et de vivre la chose comme une expérience foutrement désagréable imposée par la vie. Je disais que la dépression c'est comme les migraines. Les deux vont jusqu'à la paralysie. Subir l'affront. Endurer. Toffer la run c'est souvent ça se battre. Ne pas se laisser faire.

    J'ai observé quelque chose durant mes migraines et durant mes dépressions. Les mêmes observations sont apparues. Il y a une pensée de "fatalité" dans ces états. Il y a aussi la rencontre avec moi-même. Une véritable rencontre. Pour cela, il a fallu la destruction de tous mes personnages, ceux que j'ai incarnés de par le passé: le gars invincible, celui qui ne lâche jamais, le winner, la star, la vedette, la victime, le moins que rien, le leader et le suiveux, le père de famille et l'enfant en moi, l'insensible qui n'a peur de rien et le terrorisé, le travailleur performant, le travailleur soumis, l'amant fantastique et le baiseur fatigué, tous (et bien d'autres encore!) se sont vu - déconstruit - par la dépression. La dépression fait en sorte que je n'ai plus la force de tenir tous ces personnages en place. Alors forcément, ils sèchent et perdent formes. Dans ce sens-là, la dépression a du bon car il ne reste de vivant que l'essentiel. La rencontre avec moi-même peut avoir lieu dans cet espace aseptisé par la maladie. Cette maladie isole de l'extérieur et de l'intérieur. Il faut le vivre pour le croire. Tellement isolé que souvent, la mort est notre seule alliée.

    La présence de la mort et fréquenter la mort, deux choses différentes, permet à l'âme de se mesurer. Qui suis-je? Pourquoi je vis? Ma vie a-t-elle un sens? Lequel? À quoi puis-je bien occuper mon temps? Est-ce que je vaux la peine de vivre? (difficile de dire oui quand on est déconstruit...)

    Personnellement, j'ai diminué la cadence et les exigences que je me fixais avant la dépression. Je me suis reconstruit à une échelle plus intimiste et personnelle. Fini les performances débiles issues de croyances ridicules. Je me suis forgé un personnage à mon image. Je vis à la mesure de mes moyens et j'ai choisi la simplicité. Vivre humblement à l'intérieur de mes limitations et je cherche à apprécier à sa juste valeur le pouvoir mystérieux de la Vie. La vie est précieuse, même en dépression.

    J'ai profité de la dépression pour suivre des thérapies et pour me remettre en question. Ce fut hyper utile de me remettre en question. C'est même une des choses les plus significatives que j'ai vécu dans ma vie. Aujourd'hui, après en être sorti, je suis mieux dans ma peau qu'avant tout ça.

    Si vous en avez envie, jasez moi de vos expériences dans les commentaires..


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